Impôts de succession et de donation entre la Suisse et la France : analyse des risques de double imposition en l’absence de convention
Allnews – Avril 2026
Alain Moreau & Marco Calcagno
Principes généraux et cas pratiques
De nombreuses familles suisses ont des liens importants avec la France, tant au niveau des investissements que de la présence d’héritiers résidant dans ce Pays. La dénonciation de la Convention contre la double imposition des successions par la France a compliqué le cadre juridique et a conduit à l’apparition concrète de cas de double imposition, avec des charges fiscales parfois supérieure à l’héritage reçu.
I. Introduction: un panorama fiscal complexe depuis 2015
La gestion des patrimoines transfrontaliers entre la Suisse et la France représente un défi d’une grande complexité pour les conseillers fiscaux, les gestionnaires de patrimoine et leurs clients. La matière des impôts de succession et de donation est devenue particulièrement complexe à la suite de la dénonciation unilatérale, par la France, de la Convention bilatérale de 1953, un changement devenu pleinement effectif à compter du 1er janvier 2015.
Cette décision a créé un vide normatif aux profondes implications pratiques. La conséquence principale est que les deux États peuvent désormais appliquer concomitamment et indépendamment leur droit fiscal interne, en se basant sur leurs critères respectifs de rattachement territorial. Les mécanismes unilatéraux prévus pour atténuer la double imposition se révèlent souvent insuffisants, exposant les patrimoines à un risque concret d’être imposés deux fois sur le même transfert de richesse.
L’objectif de cette analyse est d’examiner en détail les critères d’imposition prévus par les législations nationales suisse et française, en identifiant les principales zones de conflit. De cette façon, il sera possible de délimiter les risques de double imposition les plus communs et de fournir les bases pour une planification successorale pleine efficace. Pour comprendre pleinement la dynamique, il est essentiel de partir de l’analyse de la perspective suisse et puis de la perspective française, avant d’illustrer le tout au moyen de cas pratiques.
II. La perspective suisse: compétence cantonale et critères de la loi fiscale tessinois
En Suisse, l’imposition des successions et des donations relève exclusivement de la compétence des Cantons[1]…
1Le 30 novembre 2025, le peuple et les Cantons suisses ont rejeté à une large majorité l’“Initiative pour l’avenir” lancée par les Jeunes socialistes. Cette initiative, qui proposait l’introduction d’un impôt fédéral sur les successions, a été rejetée par près de 80% de la population et 100% des Cantons. L’initiative a été déposée au niveau fédéral le 8 février 2024 par les Jeunes socialistes suisses.
Alain Moreau
Associé, Paris
Responsable du groupe de travail en Droit fiscal
&
Marco Calcagno
Fiduciario commercialista
GISEV Family Office, Lugano



